Quand le dialogue pédagogique transforme la classe en maternelle
Le cheminement de Valérie
Valérie est enseignante en maternelle. Comme beaucoup de ses collègues, elle cherche depuis longtemps comment accompagner ses élèves dans leurs apprentissages, comment respecter leur rythme, favoriser leur attention, leur mémorisation, leur confiance.
Lorsqu’elle découvre la gestion mentale, quelque chose fait immédiatement écho :
« La gestion mentale, pour moi, c’était une évidence. »
Mais loin de s’arrêter à une simple découverte, elle choisit de s’engager dans un véritable chemin de formation, d’exploration et d’expérimentation :
« J’ai continué à me former. C’était une condition sine qua non. J’avais besoin de mieux comprendre pour être plus à l’aise. »
Très vite, sa posture change. Elle devient plus posée, plus confiante dans les capacités de ses élèves :
« Je fais davantage confiance aux enfants dans leur façon d’apprendre, dans la manière dont ils vont appréhender les choses. »
Percevoir n’est pas évoquer
L’un des premiers bouleversements dans sa pratique concerne la distinction entre ce qui est perçu à l’extérieur et ce qui est évoqué à l’intérieur.
« Quand je montre, je me tais. Et quand je me tais, je montre. »
Même lorsqu’elle raconte une histoire, elle sépare volontairement le temps du récit et celui de l’image. Ce simple ajustement modifie profondément l’attention des enfants :
« Les enfants sont beaucoup plus concentrés. »
Pour les aider à prendre conscience de ce qui se passe dans leur tête, Valérie utilise deux petites figurines : l’une représentant les cinq sens, l’autre symbolisant le cerveau et les formes d’évocation possibles (images, paroles intérieures, films mentaux…).
Peu à peu, les enfants découvrent que l’information peut vivre de multiples façons dans la tête, et que chacun peut fonctionner différemment :
« Cela montre la tolérance, l’acceptation des différences. Le copain ou la copine à côté ne fonctionne pas de la même façon que moi, et c’est une richesse. »
Le dialogue pédagogique, par petites touches
Au cœur de cette transformation se trouve le dialogue pédagogique, conduit avec délicatesse, respect et progressivité :
« Quand ça se prête, on fait une petite activité, suivie d’un petit dialogue pédagogique qui aide l’enfant à prendre conscience et à dire ce qui se passe dans sa petite tête. »
Progressivement, un vocabulaire intérieur se construit :
« Maintenant, les enfants disent : “Madame, dans ma petite tête, il y a…” »
À travers ces mots simples, se révèle un phénomène profond : la naissance de la conscience cognitive chez des enfants de 3 et 4 ans.
Quand la métacognition s’installe dans la durée
Plus d’an plus tard, Valérie mesure le chemin parcouru :
« Ma façon d’enseigner a profondément changé. Je suis beaucoup plus posée. Je prends plus le temps, et ce temps change tout. »
Un jour, alors qu’une sortie est prévue le jeudi, nous sommes lundi. Valérie propose aux enfants de penser au calendrier dans leur tête, puis leur laisse un temps de silence :
« Je vais vous laisser un petit moment pour observer et me dire combien de dodos il reste avant notre sortie. »
Une petite fille répond :
« Il reste trois dodos. »
Intriguée, Valérie lui demande comment elle le sait :
« J’ai vu Tchoupi sauter d’un petit panier à l’autre dans ma tête. »
Ce moment devient un véritable déclic :
« Je me suis dit que tout le travail entamé depuis la rentrée commençait à porter ses fruits. Et ça a déclenché une dynamique dans la classe. »
Les enfants découvrent alors que chacun peut penser différemment, et que ces différences sont une richesse pour le groupe.
Structuration cognitive, confiance et bien-être
À travers ce travail patient, Valérie observe des transformations profondes :
« Les enfants sont beaucoup plus structurés. Ils sont bien dans leurs baskets. Ils ont confiance en eux, parce qu’ils savent que leur petite tête fonctionne bien. »
La gestion mentale devient un cadre rassurant, sécurisant, porteur :
« C’est la base en maternelle. L’enfant apprend comment il fonctionne. Ça l’aide dans son attention, dans la mémorisation, dans tous les gestes d’apprentissage. »
Et surtout, un émerveillement partagé se déploie :
« On apprend le respect : respect de soi, respect des autres, respect de l’environnement. Il y a beaucoup d’émerveillement. »
Une transformation du regard enseignant
Ce cheminement transforme profondément le regard que Valérie porte sur ses élèves :
« J’ai une compréhension différente des enfants, une observation différente. Je comprends mieux leur démarche mentale. »
Elle ne voit plus seulement des comportements, des réussites ou des erreurs, mais des processus en train de se construire, des pensées en mouvement, des stratégies qui s’affinent.
« Foncez, n’ayez pas peur »
Lorsqu’on lui demande ce qu’elle dirait à un enseignant hésitant à se lancer, Valérie répond sans hésitation :
« Foncez. N’ayez pas peur. On ne sait pas faire de dégâts, à part du positif. »
Conclusion
À travers le parcours de Valérie, se dessine une évidence : les tout-petits sont capables de prendre conscience de leur vie mentale riche bien plus tôt que nous ne l’imaginons.
Lorsque le dialogue pédagogique leur ouvre cet espace intérieur, ils apprennent à :
- prendre conscience de leur pensée,
- la diriger,
- l’ajuster,
- l’exploiter pour anticiper.
Et ce faisant, ils développent attention, mémorisation, confiance, autonomie…
autant de fondations essentielles pour leurs futurs apprentissages.
Anne-Françoise Bouillet
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